C'est drôle de voir la vie, les gens, les autres.
On court tous après quelque chose, quelqu'un. La réussite ou un truc dans le genre. Certains se retrouvent dans la course sans même savoir pourquoi ils courent. D'autres se regardent, s'observent. Quelques autres encore, un peu plus loin, se tiennent la main, s'aident, rient. Certains s'embrassent, perdent du temps, se disent que ça vaut le coup. Ceux qui sont devant, ne perdent pas de temps, bousculent, marchent sur les autres, courent sans s'arrêter. Et moi, je suis là, si, vous la voyez la jeune fille, un peu avant ceux qui s'embrassent, j'ai laché quelques secondes, je regardent mes amies qui se tiennent la main pour s'aider, je marche un peu, respire. Je regarde devant moi, on ne voit rien, on ne voit aucunement la fin de notre course, je déprime un peu. Et tombe avec ceux qui sont là sans savoir pourquoi. Baisse la tête, la tourne, voit les couples. Et sens une main attraper son bras, puis une autre. Ils sont là. Je souris, me remet à courir sans m'en rendre compte. « Je crois qu'on est perdu les copains. » La réussite, vous tape sur le crâne, c'est quelque chose de constant, on doit tous réussir. C'est comme ça, c'est la société. Le pire, c'est que dans cette course, il ne vaut mieux pas se casser la cheville, ou juste avoir une pointe de côté, c'est là qu'on se ramasse. Mais moi j'm'en fou, parce que, je sais, qu'on va me relever. Et rien que pour ça, j'ai envie de tomber un peu, quelques fois, pour oublier cette course, dans laquelle on est un peu, prisonnier.